Souvenir de France

En Pologne, les paysages sous nos yeux témoignent d’un monde en pleine mutation.
À Paris, dans l’autobus dédié au vol vers Wroclaw, nous nous apprêtons à prendre la route. Les derniers passagers font la file devant le chauffeur qui contrôle les billets. La vaste majorité des voyageurs qui nous entourent sont Polonais. Nous le savons simplement parce qu’ils ont, comme la plupart des peuples slaves, des traits bien caractéristiques, cheveux pâles, visages ronds, mâchoires carrées. Mais, il n’y a pas que des différences physiques, les Polonais sont rangés, ils ne font pas d’extravagances, ils obéissent aux règles sans discuter. Tout le contraire des Français.

Au milieu de la file d’attente, une nouvelle passagère se présente devant le conducteur. Elle a les cheveux et le teint foncés, sa valise est trop grosse pour qu’elle la monte dans l’autobus, elle devra la mettre dans la soute. Devant cette règle anodine qui, à ses yeux, semble être une profonde injustice, la femme éclate de rage, elle engueule son interlocuteur en se pliant aux directives. Parmi les Polonais indifférents, la plaignante se rend à sa place tout en continuant son soulèvement verbal. Le contraste est frappant et met en évidence le changement qui se dessine pour la suite de notre parcours.

Une fois dans l’avion, nous songeons à ce tournant et en profitons pour faire un petit bilan de notre épopée en Europe de l’ouest. Bizarrement, une drôlerie nous vient en tête. Après tout ce temps passé à marcher sur les trottoirs français, nous n’avons jamais marché sur une crotte de chien. C’est peut-être une drôlerie, mais c’est quand même un exploit. Il faut dire que statistiquement, ce ne serait pas surprenant que l’on est plus de chance de poser le pied sur un crottin canin en parcourant les trottoirs français que de marcher sur une mine anti-personnel en traversant le no man’s land entre les deux Corées. C’est donc avec une certaine fierté arrogante que nous soulignons cet état de fait.

Nous voyageons avec notre réalité en guise de référence, c’est donc ce genre de détails, qui peuvent sembler anodins, qui finissent par servir de comparaison pour établir des différences et des ressemblances avec les sociétés visitées. Parce que le voyage en soi est un va-et-vient continuel entre la recherche de ces deux éléments contradictoires. Les différences attirent nos regards, éveillent notre curiosité, elles nous font voir qui nous sommes, parfois nous remettent en question. Mais, lorsque ces différences sont telles qu’elles nous font perdre tout point de repère, nous recherchons alors des ressemblances, sources de réconfort. À la fois curieusement et évidemment, où que nous soyons, nous finissons toujours par en trouver, nous finissons toujours par trouver un petit quelque chose de familier qui nous fasse sentir comme à la maison. On a beau avoir des cultures complètement différentes, des modes de vie diamétralement opposés, on a toujours au fond de nous une base universelle commune qui nous rappellent qu’en réalité nous sommes tous humains.

Au terme de ces quatre mois en Europe de l’ouest et particulièrement en France, nous constatons que cette recherche constante de la contradiction nous a amené à mieux nous connaître personnellement mais aussi en tant que Québécois. Tantôt nous avons reconnus nos cousins, tantôt nous semblions avoir perdu toute trace de parenté. À l’image de la dame devant le chauffeur d’autobus, les Français ont souvent ce côté revendicateur. Ils disent d’eux-mêmes qu’ils sont râleurs, nous disons que nous sommes chialeux, se sont des synonymes. Mais par contre, nous l’avons déjà souligné, les toilettes malpropres, les crottes de chien partout nous laissent perplexes. Force est de constater que notre côté très propre et aseptisé est une caractéristique bien nord-américaine voir peut-être anglo-saxonne. N’en déplaise à personne, nous sommes certainement distincts du reste des Nord-Américains en tant que Québécois mais peut-être pas autant qu’on aime bien se le faire croire.

Revenons à nos moutons. À peine posés à Wroclaw, nous prenons tout de suite acte de cette dualité que nous sommes venus chercher. Car, si les ressemblances et différences sont souvent dans les détails, ici, elles sont dans les rues partout au grand jour. Les bâtiments en béton soviétiques côtoient les édifices modernes, les tramways fraîchement sortis d’usines circulent en alternance avec les modèles d’une autre époque et les jeunes filles aux cheveux blonds peroxydés et talons hauts croisent les babouchkas sur les trottoirs. Visiter la Pologne c’est être témoins de l’Histoire en marche.

Parlant de marche, avant de sortir pour une première promenade en sol polonais, j’ai pris mes souliers dans le sac à dos de Janie, comme nous les avions rangés en partant de Paris. Quelle ne fut pas notre surprise de constater qu’un souvenir français s’y était collé! Eh oui! Une crotte de chien empestait à présent l’air de notre chambre polonaise!

2013-09-17, Wroclaw, Pologne


Commentaires (1)



M0auEAtuB
Envoyé par Xzba4x3LB JZc5IbbW0VN le 2017-01-26
That inisthg's perfect for what I need. Thanks!



Soumettre vos commentaires