Le temps gris

Oui, aujourd’hui le temps est gris mais, ce n’est pas de météo dont il est question. En fait, oui, c’est nuageux ici mais on s’en fout. Hier, on a attaqué la liberté d’expression, ça nous choque mais, ne nous surprend guère. Notre temps est gris parce qu’aujourd’hui, de retour en France, nous avons pris un covoiturage et notre chauffeur était un fasciste. Un fasciste en cravate déguisé en bon citoyen.

Il nous parle de l’attaque récente de trois mosquées en Suède et s’en réjouit à demi-mots. Il se félicite des manifestations antimusulmanes dans plusieurs villes allemandes en début de semaine. Pour lui, il y a trop d’étrangers en France et il faut régler le problème. Mais attention, cet homme n’a ni de petite moustache carrée sous le nez, ni l’accoutrement d’un skinhead néonazi. Il est simplement le Français normal, le bon voisin tranquille, sans histoires, bien placé, qui va sans doute voter pour l’extrême droite aux élections comme tant d’autres de ses compatriotes, trop de ses compatriotes, trop d’Européens. Bien sûr, il s’insurge contre l’attaque chez Charlie Hebdo, mais dans son cas, la liberté d’expression n’est qu’un prétexte pour donner belle mine à ses idées de fasciste pourri. Combien d’autres, comme lui, vont récupérer cet événement pour camoufler leur racisme. Nous avons peur de la réponse, très peur.

Et chez nous, on n’a peut-être pas notre parti d’extrême droite, mais combien sont sortis dans les rues à cause de l’appel d’un slogan à la mode du jour? Combien l’on fait pour vivre la frénésie que procure une foule en mouvement? Combien y sont allés hier mais, étaient restés confortablement chez eux lorsque les libéraux ont voté leur loi spéciale en 2012 ou lors des manifestations contre le règlement P-6? Parce que, soyons clairs, dans tous les cas c’est bien d’actes liberticides dont il est question. Et lorsque l’on choisit de condamner de tels agissements, les auteurs et les armes utilisées deviennent des questions secondaires, que l’on parle des mitrailleuses des intégristes ou des lois spéciales des politiciens, une seule victime demeure : la liberté.

Tout ceci arrive au moment où nous nous apprêtions à publier un texte à propos de tant de gens rencontrés dans le monde qui nous ont témoigné leur désir d’émigrer de leur pays vers le Canada en particulier mais aussi, vers l’Occident de façon plus général. Tant de personnes croisées d’origines diverses mais, tous avec une soif commune de liberté. En réalité, il s’agit plus que d’une soif, la liberté constitue leur rêve le plus cher, ils vivent dans des pays où l’on doit se taire pour survivre, où la volonté n’attire que des problèmes. Nous avons rencontré ces personnes, des personnes comme nous, des jeunes intelligents qui n’en peuvent plus de voir un avenir noir. Ils nous ont demandé de leur parlé de chez nous, le Canada. Notre pays tant convoité. L’un d’eux nous a dit que nous n’avions pas idée de la valeur de notre passeport, ce simple livret de papier que nous avions dans la poche au moment d’entendre ces paroles. C’est probablement vrai, mais c’est pire, nous avons aussi oublié la valeur de notre liberté. La liberté de choisir ce qu’on veut faire dans la vie, la liberté d’aller où on le souhaite, la liberté de marquer notre désaccord, la liberté de choisir n’importe quel film au cinéma, la simple liberté de parler. La liberté pour laquelle tant de personne s’entassent dans les navires clandestins au péril de leur vie. Eux et tant d’autres savent que la liberté n’a d’autre valeur que la vie. Mais, nous, l’oublions. Lorsque l’on nous retire de toutes petites libertés nous ne daignons pas de nous objecter, et lorsque quelques-uns d’entre nous se lèvent, c’est au prix des critiques de nos compatriotes nous accusant de déranger leur quiétude. On nous accuse alors de faire des crises d’enfants gâtés, de nous plaindre le ventre plein. À cela nous répondons qu’à force de s’endormir bien gavés, on va finir par se réveiller dans la merde, dans un pays que nos politiciens véreux auront pris soin de transformer en Canada à la turque ou à l’iranienne, où les rêves n’appartiendront plus qu’à la nuit.

Nous nous étions promis d’être prêts à un retour prématuré au Québec dans l’éventualité d’un printemps de lutte contre les politiques gouvernementales. Mais, pour quoi lutterions-nous? Et pour qui, si tant de personnes ont oublié la valeur de la liberté? Le temps est gris, nous sommes tristes, nous sommes déprimés d’autant plus que les orages pointent à l’horizon. Nous sommes Charlie, comme nous étions les carrés rouges, uniquement parce que nous aimons la liberté.

2015-01-09, Toul, France


Commentaires (4)



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Liberté
Envoyé par Élise tremblay le 2015-01-09
Salut les amoureux du voyage. C'est ça la liberté de pouvoir dire ce que l'on pense. Il faut dire que même les gens qui sont dans nos prisons fédéral sont plus libres que beaucoup de monde en général. C'est incroyable ce qui se passe en ce moment. Restons debout avec nos convictions et n'ayons pas peur dénoncer ce qui se passe en ce moment. Je suis de tout cœur avec vous et crions haut et fort notre droit de parole, bonne continuité et merci d'être ce que vous êtes,

Sans mot
Envoyé par Danielle le 2015-01-09
Je suis sans mot, juste en larmes.



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