En transit

Même les cafés de Novossibirsk n’ont pas réussi à nous réchauffer le corps.
C’est en partance de Bangkok en Thaïlande que nous débutons notre voyage vers l’Arménie. Mais avant de nous rendre à destination, une escale de quelques heures est prévue au beau milieu de la Russie, précisément à Novossibirsk la capitale de la Sibérie. Au comptoir d’enregistrement de notre compagnie aérienne russe à l’aéroport de Bangkok, il n’y a que des clients Russes. Que des mâchoires carrées aux cheveux blonds et aux visages trop bronzés (les Russes ne semblent connaître ni la crème solaire, ni le cancer de la peau). Au milieu de la file d’attente, les deux visages blancs comme des draps de deux touristes bizarres, se rendant à Erevan en passant par la Sibérie, ressortent comme une tache d’eau de javel sur un chandail noir, ce sont nos visages. Voici le récit d’un voyage en Russie en accéléré, sans ne jamais vraiment y mettre les pieds.

Ce n’est presque plus un secret pour personne, nous avons la fâcheuse manie de ne jamais nous procurer nos visas de touristes à l’avance. Il ne devrait techniquement pas y avoir de problème à les acheter en atterrissant à destination mais cela rend toujours les choses très compliquées lors de notre départ de notre point d’origine. Le fait d’être deux Canadiens (ou Québécois avec des passeports canadiens) empruntant l’itinéraire inusité Bangkok-Erevan ne simplifie pas les choses. Cela semble d’ailleurs déstabiliser complètement les employées Thaïes de la compagnie aérienne russe. Mais bon, après maintes vérifications quant aux buts de notre voyage, à la suite de notre trajet et à nos visas de travail pour la France (!?!?), elles finissent par nous émettre nos cartes d’embarquement et enregistrer nos bagages. Par contre, c’est important de spécifier qu’elles ne nous donnent que nos billets pour le premier trajet nous menant à Novossibirsk en prenant le soin de nous expliquer qu’une fois sur place, nous devrons récupérer nos sacs, les réenregistrer et nous faire imprimer nos secondes cartes d’embarquement. Nous sommes sceptiques, leur plan sous-entend que nous devrons quitter la zone internationale de l’aéroport sibérien et entrer en territoire russe, et ce, sans visa! Nous choisissons de ne pas leur soulever la problématique, se disant qu’à Novossibirsk nous serons au moins déjà plus près de l’Arménie qu’ici à Bangkok.

Toutes ces vérifications finissent presque par nous mettre en retard pour le départ. Nous franchissons la sécurité et les diverses étapes nous menant à notre porte d’embarquement, ce qui nous laisse tout juste le temps pour une visite rapide au petit coin. À cet instant précis, nous comprenons que, bien que l’avion n’ait pas encore décollé, nous sommes maintenant en Russie, un homme fume une cigarette dans les toilettes de notre aire d’embarquement, allant à l’encontre des dizaines de panneaux l’interdisant et ne se souciant aucunement du bien-être des autres usagers. À notre entrée dans l’avion, nous constatons que la compagnie d’avion est profondément russe, pour la première fois dans nos carrières de voyageur, nous voyons des agents et agentes de bord froids, antipathiques et affichants des visages rudes.

Nous quittons l’Asie où nous avons observé à quel point elle peut s’avérer dépaysante. À bord de ce vol, nous voyons que malgré la même couleur de peau et la plus grande proximité géographique d’avec les Russes et la Russie, nos sociétés occidentales ont probablement plus en commun avec les sociétés asiatiques. Une fois l’avion lancé, le scénario se continue, les passagers inclinent brusquement leur siège sans se préoccuper des occupants derrière eux, que ce soit nous ou leurs compatriotes. Quelques secondes avant l’atterrissage, deux hommes fortement intoxiqués par l’alcool, pourtant strictement interdit à bord, se lèvent pour aller se libérer aux toilettes, cela nous laisse subjugués. Il faudra attendre l’atterrissage pour découvrir une similitude russo-québécoise. En effet, à l’image d’un vol Cancun-Québec, en foulant le sol sibérien, les occupants de l’avion russe déploient un tonnerre d’applaudissements en l’honneur du pilote héroïque. Nous voilà rassurés, nous ne sommes peut-être pas si différents! Mais les ressemblances s’arrêtent aussitôt, à peine l’acclamation terminée et alors que l’avion n’avait pas fini sa décélération, près de la moitié des passagers attrapent leur téléphone cellulaire et, contrevenant à tous les règlements et indications en ce sens, appellent des proches pour les prévenir de leur arrivée imminente. Nous ne sommes pas au bout de nos peines. Leur téléphone tout juste rangé et alors que l’avion continuait son trajet sur le tarmac, ils se jettent dans l’allée tentant désespérément de se rapprocher le plus possible de la sortie avant l’ouverture des portes.

Pour notre part, nous sommes restés confortablement assis pour observer ce spectacle surréaliste mais aussi, parce que nos appréhensions face aux autorités douanières russes nous disaient que nous n’étions pas si pressés. En Russie, presque personne ne parle anglais. En Sibérie, personne ne parle anglais. Au terme de la file qui nous mène à une agente douanière, nous dépoussiérons quelques mots de sa langue et improvisons quelques gestes pour lui faire comprendre que nous sommes en transit que notre seule intention est de repartir aussitôt en direction de l’Arménie. Elle nous renvoie patienter sur un banc en retrait, devant les yeux scrutateurs de la masse de Slaves en attente. Bientôt, une policière au visage sympathique vient nous chercher et nous conduit à travers des portes, escaliers et corridors interdits vers la zone d’embarquement de notre nouvel avion. Oui mais, qui récupérera nos bagages pour les mettre sur le prochain vol et comment nous procurerons-nous nos cartes d’embarquement? Encore quelques mots de russe « nié miesta, nié biliet, nié bagage », pas de places, pas de billets, pas de bagages, et la gentille constable comprend notre problématique. Heureusement pour nous, de loin les seuls étrangers de l’aéroport de Novossibirsk, elle fera de notre cas sa mission de la soirée. Elle va et revient quelque fois et, ultimement avec l’aide de l’application traduction de son téléphone intelligent, elle nous fait comprendre que tout est réglé.

Cependant, les péripéties n’allaient pas s’arrêter aussi facilement, nous voilà en Sibérie alors qu’il fait dix degrés sous zéro dehors, que le terminal est en rénovation, donc pas chauffé, et que nous n’avons que deux gilets en coton ouaté. À l’intérieur, le mercure ne doit pas dépasser les dix degrés, les employées de la boutique hors-taxes revêtent leur manteau d’hiver et nous sommes là, tels deux français à leur premier hiver à Québec. Après plus de deux heures à lutter contre le froid, deux jeunes femmes sortent de leur magasin et vont nous chercher des couvertures chaudes tellement nous faisons pitié!

Encore une fois, rien n’est conclu, une travailleuse de la compagnie aérienne vient nous approcher pour nous donner nos cartes d’embarquement et régler le cas de nos sacs à dos. Telle une bénédiction, elle parle anglais! Elle nous pose des tonnes de questions, les mêmes auxquelles nous avons déjà répondus à Bangkok. Par contre, elle va plus loin, elle semble un peu suspicieuse. Est-ce si bizarre que deux Canadiens passent par Novossibirsk pour aller de Bangkok à Erevan? Hum, vraiment bizarre! Mais au terme de cet interrogatoire serré, elle est satisfaite et rassurée et nous délivre enfin nos documents. Cette fois c’est vrai, nous nous envolerons vers l’Arménie. Si nous étions tels des taches sur des chandails au milieu des Russes de notre premier vol, nous nous sentons dorénavant comme deux bouteilles de vodka dans une rencontre d’alcooliques anonymes, avec toute l’attention que cela implique. L’avion est presque exclusivement rempli de travailleurs Arméniens masculins dont les traits physiques sont à mille lieux de ceux des Slaves ou des nôtres. Sur notre premier vol, tous nous ignoraient. Maintenant, tous nous observent curieusement.

Il ne nous a fallu que quelques heures pour goûter à tout ce qui caractérise la Russie typique. Celle que j’ai déjà connue il y a quelques années à bord du train transsibérien. Un pays où tout processus semble, au départ, voué à l’échec mais que finalement, par de multiples et étranges moyens, l’on réussit à faire aboutir en succès. Ainsi, une fois arrivés en terre arménienne, une travailleuse de l’immigration connaissant déjà notre nationalité nous attendait. Nous nous sommes facilement procuré nos visas et, surpris et soulagés, nous avons récupéré nos sacs à dos qui nous attendaient sur le carrousel, prêts pour une nouvelle aventure.

2014-11-02, Novossibirsk, Russie


Commentaires (5)



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Voyage! Voyage!
Envoyé par Chantale Boissonneault le 2014-11-03
Vous êtes vraiment chanceux de vivre toutes ces belles aventures !!! Merci de nous les partager.

Alex et Janie
Merci Chantale de nous suivre encore! :)

Chanceux quand même
Envoyé par Richard Beaulieu le 2014-11-02
Bravo pour tant de débrouillardise Pas évident le russe avec le dépaysement en prime Bonne suite

Alex et Janie
Merci! On s'est débrouillé avec la base de la langue russe d'Alex.



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