Kings Cross Carmarket

Assis tranquillement derrière notre van aux abords d’une rue calme de Sydney, nous profitons de nos derniers moments avec nos amis rencontrés dans les jours précédents. Soudainement, nos discussions sont interrompues par les cris d’une femme. Le son vient de l’immeuble d’en face. On ne la voit pas, elle se cache dans la pénombre de son appartement. Elle commence à nous insulter, elle nous dit de nous en retourner dans notre pays ou de nous payer un appartement. Elle n’apprécie pas notre présence sur « sa » rue. Nous sommes un peu choqués. La crise hystérique se conclut par le lancer et l’explosion d’un pétard à quelques mètres de la voiture. Nous sommes stupéfaits. Cela met fin à la semaine la plus étrange que nous n’ayons jamais vécue.

Tout cela a commencé lorsqu’après une semaine infructueuse à tenter de vendre notre van sur un site de petites annonces en ligne, nous avons décidé de nous installer dans un carmarket. Celui-ci étant situé au troisième sous-sol d’un stationnement sous-terrain, nul besoin de vous expliquer que le soleil s’y fait rare et que l’ambiance est plutôt morose. Nous devions y passer huit heures par jour, sept jours par semaine, dans l’attente d’acheteurs potentiels. Disons qu’en cette basse saison, les clients ne se bousculaient pas aux portes. Il y a même des journées où l’on ne voyait pas un seul client. Ce van qui a été notre grand compagnon pendant trois mois sur la route est soudainement devenu un immense boulet. Le boulet à la source de notre immobilisme, de notre incapacité à partir sans délai vers une nouvelle destination. Notre moral était au plus bas.

En plus, l’industrie du voyage d’aventure en Australie est souvent accompagnée d’une aura d’arnaque sans scrupule. Ce marché de voitures est géré par un concessionnaire de voitures pour voyageurs. À première vue cela peut sembler en opposition, pourquoi permettre à des gens de vendre leur véhicule indépendamment tout en proposant le même genre de bolides dans une salle de montre quelques rues plus loin? En fait, c’est très bien pensé. Nous, dans notre cave, notre motivation diminue à vue d’œil de jours en jours. Les clients sont rares malgré les affichent que nous ayons apposées dans les dizaines d’auberges de jeunesse à quelques pas de notre stationnement. Un mécanicien, qui n’en est pas vraiment un, se charge de nous rappeler que nos prix sont trop hauts et qu’on ne réussira pas à vendre. Il se rend ensuite dans les auberges où il propose ses services de conseillers aux potentiels acheteurs. Les jeunes voyageurs, souvent un peu perdus dans cet univers complexe, se laissent influencer. Il leur dit que les voitures affichées valent moins que la moitié du prix demandé. Parfois, l’arnaqueur descend sous terre avec des acheteurs potentiels. Il fait le tour des véhicules, s’arrête quelques fois et explique à quel point nous vendons de la merde. Ensuite, il convainc les futurs aventuriers qu’ils doivent se rendre chez un commerçant de voitures usagées, en l’occurrence, les gestionnaires de notre carmarket. Et voilà la boucle est bouclée. Ça pue la mafia ici.

Après quelques jours dans ces bas-fonds, d’autres vendeurs sont arrivés. Les uns vendaient leur voiture, les autres leur 4X4, mais tous partageaient la même réalité d’un périple australien qui tire à sa fin et dont le seul obstacle est la vente de leur véhicule. Et comme la vie fait parfois bien les choses, la plupart de ces nouveaux arrivants étaient francophones, Français, Belges ou Anglais, mais tous s’exprimaient dans cette langue qui est la nôtre. Cela a accéléré le développement d’une belle solidarité entre nous tous. Les petits voyageurs vendant leur véhicule sont devenus la communauté francophone du carmarket. Nous nous soutenions lors des journées démoralisantes sans client et nous sortions ensemble le soir venu. C’était l’occasion de partager des repas de groupe auxquels chacun contribuait, on discutait, on riait, on se promettait l’abondance de clients pour la journée suivante et on allait se coucher chacun dans notre boulet. Un jour, lors d’une intense prise de bec avec le pseudo-mécanicien, tous nos camarades sont venus nous encercler en guise de soutien et lui ont fait comprendre que son manège avait trop duré. Celui-ci avait effrayé deux de nos premiers clients de la semaine en soutenant que notre suspension était cassée. Sans nous demander de permission, il s’était mis à brasser le van dans toutes les directions devant les yeux des clients épouvantés. Ceux-ci ne sont jamais venus au rendez-vous que nous leur avions donné le lendemain pour essayer l’engin. L’imposteur a su à qui il avait affaire, on ne l’a pas revu depuis.

Après une semaine léthargique sous terre, rien n’avait bougé. Soudainement, le samedi, trois véhicules ont trouvé preneurs en un avant-midi et deux autres le lendemain. Le problème c’est que, pour nous, la chance n’était pas venue et, non seulement nous devions entamer une deuxième semaine enfermés, mais en plus, nous venions de perdre tous nos compagnons d’un seul coup. Nous étions complètement découragés. En solidarité, avant de prendre leur avion, nos camarades sont venus nous accompagner dans notre attente interminable. Et, alors que nous n’avions presque plus d’espoirs, un matin, deux Français sont venus, ils ont essayé le van et l’ont choisi sur le champ! Nous n’arrivions presque pas à y croire. Nous étions libérés de notre boulet adoré!

Cette ambiance de crime organisé se retrouve un peu partout en Australie dans l’univers du voyage, cela nous a beaucoup déçus, ces onze jours au carmarket en étaient l’apothéose. La rencontre de nos amis francophones était, quant à elle, l’apothéose de l’esprit communautaire. Merci Sophie, Thomas, Will, Arnaud, Émilie, Michaël, Alex, Hugo, Julie et Julien d’avoir fait que cette semaine soit non seulement la plus étrange mais surtout l’une des plus inoubliables.

2014-06-25, Sydney, Australie


Commentaires (5)



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le boulet
Envoyé par Élise le 2014-06-28
Salut vous deux très heureuse de vous lire, C'est pas toujours facile le voyage mais que de belles expériences et que d'histoires pour votre futur bouquin que j'espère verra le jour car y'a pas juste Bruno Blanchette qui peu écrire pour nous faire voyager je pense souvent à vous et me plaise de vous lire

Alex et Janie
Merci de continuer à nous lire! Pour le bouquin, on verra au retour.

Bravo, on passe à chose
Envoyé par Maman le 2014-06-25
Bravo à vous deux, on est très heureux pour vous. On peut dire une autre belle expérience à votre actif. (Faut voir le côté positif des choses). Les gens vont être contents de vous lire. Plusieurs s'en ennuyait. Bisous xx xx

Alex et Janie
Oui, c'est vrai quelle expérience de vie! Après tout, on a fait la connaissance de gens super sympathiques grâce à ce carmarket.



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